1.
- DEFINITIONS - GENERALITES
Pour rester cohérent avec la définition donnée auparavant,
nous dirons que nous avons une fondation profonde lorsque le rapport de la
profondeur d'encastrement H sur la largeur ou le diamètre B est supérieur à 3.
Ce type de fondation interviendra lorsqu'on ne pourra fonder un ouvrage sur
semelle à une profondeur raisonnable :
Les charges sont alors reportées sur une couche plus
résistante par l'intermédiaire d'ouvrages interposés : pieux, puits ou
caissons. Les pieux et puits seront regroupés sous le vocable "fondations
profondes" dans lesquelles on inclut les parois moulées. Ce sont des
éléments dits "élancés". Par contre, les caissons dits "éléments
massifs", seront traités suivant le cas comme des fondations
superficielles ou comme des fondations profondes. Dans le cas de groupes de pieux,
les têtes sont reliées par une semelle appelée chevêtre.
2. - CLASSIFICATION
Nous ne nous appesantirons pas sur cette partie qui fait
l'objet de la technologie de construction. Notons simplement que celle-ci peut
se faire de différentes façons suivant qu'elle se base sur la technique de
fabrication ou suivant la mise en place. Dans les deux cas le terme de pieu
s'adressera aux éléments de diamètre à 80 cm, et le terme de puits aux autres
quelque soit leur nature. D'une manière générale, on distingue :
2.1. - Pieux façonnés à l'avance :
Ils sont généralement mis en place par battage ou vibro-fonçage, ce qui entraîne un refoulement du sol.
2.2. - Pieux exécutés en place :
Dans cette catégorie on distinguera :
3. - CAPACITE PORTANTE D'UN PIEU ET CHARGES LIES AU COMPORTEMENT
DU SOL
3.1. - Capacité - portante
Pendant longtemps on a appliqué les résultats des fondations
superficielles en pensant que le sol réagissait sous la pointe comme sous une
semelle, et que la figure de rupture avait la même allure.
Mais les travaux de BISHOP, HILL, MOTT (1945), MEYERHOFF (1951), KERISEL
(1961), SALENçON (1966) ont
montré qu'il en était tout autrement. Quelle que soit la figure de rupture
proposée, la capacité portante (c'est-à-dire la charge au-delà de laquelle le
pieu s'enfonce de façon importante), se décompose en deux termes :
qp : contrainte maxi sous la pointe
SP
: section droite
Rlat = f.Slat
f : contrainte
de cisaillement qui se développe le long du fût.
3.2. - Charges liées au comportement du sol
Si on soumet un pieu à une charge verticale, sa courbe
d'enfoncement aura l'allure ci-dessous (fig. a) :

L'examen de la courbe d'enfoncement permet de définir :
3.2.1. - La charge limite du pieu : QL (= capacité portante) qui se décompose en un
terme de pointe QP et un terme de frottement latéral Qlat.
QL = QP + Qlat
Dans un sol homogène on constate que lors de l'enfoncement, la
résistance de pointe croit linéairement avec la profondeur jusqu'à sa valeur
maxi RP2 (fig. b). Elle est obtenue pour une
profondeur hc dite profondeur critique.
Le poiçonnement du sol apparaît pour la valeur RP1 (qui représente le terme de base des
fondations superficielles), puis croit jusqu'à
RP2. Jusqu'à la profondeur critique hc
la fondation se comporte comme une fondation superficielle (les lignes de
glissement et le refoulement du sol atteignent la surface et on observe un
soulèvement du sol). Au delà de la profondeur
hc
on constate que la résistance de pointe est sensiblement constante et la
fondation a un comportement de fondation profonde, c'est-à-dire que les
surfaces de glissement se referment sur le fût du pieu et que le refoulement
est absorbé par la masse du sol grâce à sa compressibilité.
3.2.2.- Charge de fluage : QF
C'est la charge au-delà de laquelle la stabilisation ne se
fait plus. Elle correspond à la fin de la partie linéaire du la courbe
d'enfoncement.
3.2.3.- Charge nominale : QN
L'étude géotechnique permet de définir QL. Par
contre la charge nominale QN sera égale au produit de QL
par un coefficient de sécurité. On prend généralement :
![]()
3.2.4.- Charge intrinsèque : QI
C'est la charge maximale, coefficients de sécurité compris,
calculée à partir de la contrainte admissible du matériau constitutif du pieu.
3.2.5. - Charge admissible : Qa
En l'absence de déplacements importants, on définit la charge
admissible par la plus petite des valeurs QN et QI. On
l'appelle encore force portante. On s'efforcera dans la pratique de choisir une
fiche convenable de manière à utiliser le matériau constitutif du pieu au
maximum et on essaiera d'obtenir QN
et QI.
4. - METHODES DE CALCUL THEORIQUES
Ces méthodes conduisent à des calculs à la rupture et on
distingue très nettement les capacités portantes limites de la pointe d'une
part et de la surface latérale d'autre part. Ces méthodes permettent de
calculer la force portante d'un pieu connaissant la courbe intrinsèque du sol
(cohésion c, angle de frottement ).
4.1. - Résistance unitaires en pointe
4.1.1. - Sol purement cohérent : (C
≠ 0 , f
= 0)
Le calcul de la résistance limite unitaire se fait à court
terme. On utilise donc la cohésion non drainée Cu et on prend
f = 0.

![]()
![]()
qo = pression
verticale totale des terres à la base de la fondation.
Expérimentalement, on a constaté qu'au-delà de H = 5B, on avait Nc = 9.
La résistance unitaire admissible sera prise égale à :
![]()
4.1.2. - Sol pulvérulent : (C = 0 , f ≠ 0)
Dans ce cas on utilisera la pression verticale effective
à la base du pieu.
![]()
Le terme de capacité portante Nq
varie considérablement suivant les auteurs et a fait l'objet d'abaques. CAQUOT
et KERIZEL ont proposé la formule
![]()
La résistance unitaire admissible est alors
![]()
4.1.2. - Sol cohérent : ( C ≠ 0
, f ≠ 0)
Une méthode simplifiée consisterait à appliquer les résultats
obtenus pour les fondations superficielles de forme circulaire en utilisant un
coefficient de majoration mais dans ce cas, l'hypothèse conduisant à la
détermination de Nq est particulièrement pessimiste puisqu'elle ne
fait intervenir le sol d'encastrement que pour son poids. Or à la rupture, il
se développe une surface de cisaillement sur laquelle la résistance n'est pas
négligeable. Si on considère le schéma de glissement de MEYERHOFF, on constate
qu'à partir d'une profondeur hc
(profondeur critique), les lignes de glissement se referment complètement sur
le fût du pieu.

Le facteur d'encastrement est donc maximum et constant à
partir de cette profondeur. Soit N’q ce facteur. CAQUOT et KERISEL
ont proposé la formule suivante
![]()
Cette formule conduit à déterminer la profondeur critique
.
est
un coefficient fonction de f et
donné par l'abaque ci-après. Il est sensiblement égal à :
![]()
Les résultats énoncés par ces auteurs ont
été établis à la suite d'un grand nombre d'essais et représentent assez bien la
réalité. Par contre si la fiche du pieu est inférieure à hc,
on traite la fondation comme une fondation superficielle mais en adoptant un
facteur
résultant d'une
interpolation entre Nq et
(abaque b). Cette
méthode n'est valable que pour un sol homogène mais on peut l'appliquer en
milieu stratifié à condition de prendre pour
la plus faible des
valeurs suivantes :
- celle correspondant à un sol de même hauteur mais ayant les
caractéristiques de la couche la plus médiocre ;
- celle qui serait obtenue en considérant que la hauteur de
fiche s'arrête au toit de la meilleure couche.
La résistance limite unitaire est alors :
![]()
si
H > hc
si
H < hc
La valeur de Nc proposée
par CAQUOT et KERISEL est égale à :
ou
![]()
suivant
le cas. La résistance limite admissible sera généralement obtenue en appliquant
un coefficient de sécurité de 3. Lorsque le poids mort de la fondation est
important par rapport à la charge utile, on pourra employer un coefficient de
sécurité réduit.
4.1.4. - Résistance de pointe
La résistance limite de pointe sera égale au produit de la
résistance limite unitaire par la section de la fondation. Pour les pieux et
puits de section circulaire on aura :
![]()
4.2. - Frottement latéral
En terrain homogène la résistance au frottement latéral
augmente proportionnellement à la profondeur. La méthode de CAQUOT et KERISEL
établie à partir de l'équilibre de butée s'applique particulièrement bien aux
pieux pour lesquels elle a été vérifiée expérimentalement.
4.2.1. - Sols pulvérulents : (Cu
= 0 , f ≠ 0)
A la profondeur z, la résistance unitaire au frottement
latéral est égal à :
![]()
s3 est un coefficient sans dimension fonction de l'angle de
frottement interne f et de
l'obliquité de la résultante d (fonction du frottement sol sur pieu). La valeur moyenne du
frottement sur la fiche H est donnée par :
![]()
Si P est le périmètre de la fondation, le frottement latéral total à la rupture sera étal à :
![]()
D'autres auteurs tiennent compte de la nature du pieu et de la compacité des terrains. Ainsi BROMS et MEYERHOFF proposent la formule :
![]()
|
Nature du pieu |
fa |
Milieu à compacité faible (K = ) |
Milieu à compacité faible (K = ) |
|
Pieu acier Pieu battu en béton rugueux Pieu battu en béton lisse Pieu foré Pieu en bois conique |
20° 3/4f 3/4f 3/4f 2/3f |
0,5 1 0,5 0,5 1,5 |
1 2 1 0,5 4 |
4.2.2. - Sol cohérent : (Cu ≠ 0 , f ≠ 0)
La résistance au frottement latéral (ou plus exactement au
cisaillement fondation/sol d'appui) est majorée par un terme constant. Si on
reprend les résultats de CAQUOT et KERISEL, on obtient :
![]()
s5 est un
coefficient sans dimension fonction de f.
La valeur moyenne du frottement sur la fiche H est égale à :
. Le frottement latéral total pour une fiche H est
alors :
![]()
4.2.3. - Sol purement cohérent : (Cu ≠ 0 , f ≠ 0)
Si on applique les abaques précédentes,
il vient
s3 = 0 s5
= 1
Toutefois, la mobilisation des butées le long du fût entraîne
une expulsion d'eau interstitielle, ce qui réduit provisoirement la résistance,
qui s'améliore au fur et à mesure de la consolidation. CAQUOT et KERISEL
conseillent d'affecter la résistance au frottement latéral d'un coefficient minorateur expérimental représenté par :
(Cu en t/m2).
On obtient alors
. En pratique, on remplace sans risque d'erreur la formule
précédente par :
|
t = Cu t = 1,8+0 ;09.Cu t = 0,1.Cu |
Cu < 2 t/m2 2 < Cu < 30 t/m2 Cu > 30 t/m2 |
Le frottement latéral total pour une fiche H est alors :
![]()